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Consultation longue : mode d’emploi

Présentées comme un levier de reconnaissance du temps médical, les nouvelles cotations GL1, GL2 et GL3 ciblent la prise en charge des patients âgés complexes. Mais leur cadre d’application limite encore leur appropriation par les médecins, et interroge leur impact concret dans la pratique quotidienne.

La nouvelle donne

Entrées en vigueur le 1er janvier dernier, les cotations GL1, GL2 et GL3 constituent l’une des principales évolutions introduites par la convention médicale. L’objectif est clair : valoriser une démarche clinique souvent peu visible, mais essentielle dans le suivi des patients âgés, notamment en perte d’autonomie ou présentant une forte complexité médicale. Sans modifier le tarif de base de la consultation, le dispositif prévoit des actes dédiés, facturables 60 euros, sous conditions précises d’indication, de patientèle et de traçabilité. Au-delà de la revalorisation financière, ces nouvelles cotations visent à mieux structurer le parcours de soins, en reconnaissant les temps de coordination, d’évaluation globale et d’ajustement thérapeutique, au cœur de la médecine de suivi.

Les trois situations autorisées

Derrière ces sigles, la convention médicale définit trois situations distinctes qui encadrent strictement l’usage de ces consultations. GL1 concerne la sortie d’hospitalisation d’un patient âgé, nécessitant une réévaluation globale de l’état clinique, des traitements et de l’organisation du retour à domicile. GL2 vise la déprescription chez les patients hyperpolymédiqués ; il s’agit d’un temps dédié à l’analyse des traitements, à l’identification des prescriptions inappropriées et à l’ajustement thérapeutique, dans une logique de sécurisation du parcours de soins. GL3 correspond à l’orientation vers un parcours médico-social (mise en place d’aides, évaluation de l’autonomie, coordination avec les structures adaptées…). Dans les trois cas, l’acte est ponctuel. Ce n’est pas une consultation longue répétée ou librement cotable selon la seule durée.

Les conditions à ne pas oublier

L’accès aux cotations est régi par plusieurs critères cumulatifs. Premier filtre d’éligibilité : le patient doit être âgé de plus de 80 ans. Ensuite, la consultation doit être réalisée par le médecin traitant déclaré, dans le cadre du parcours de soins coordonnés. Autre point essentiel : ces actes ne sont mobilisables que dans les situations prévues par la convention, sans marge d’interprétation. Une simple consultation longue ou complexe ne justifie pas la cotation. La fréquence est également limitée, soit une fois par an et par situation. Enfin, la traçabilité dans le dossier médical est indispensable. Hospitalisation, révision thérapeutique, orientation médico-sociale… Il est recommandé de documenter clairement le contexte, les décisions prises et les éléments ayant motivé la cotation. Cette rigueur conditionne la sécurisation de la facturation.

Les difficultés sur le terrain

Malgré les avancées décrites, ce dispositif présente plusieurs limites, qui en réduisent la portée. GL1 est réservée aux patients de plus de 80 ans, dans les 45 jours suivant une hospitalisation, alors que les médecins généralistes auraient souhaité une consultation longue cotée 60 euros pour les consultations de suivi de tous les patients en ALD, quel que soit leur âge. GL2 est peu mobilisée, car elle suppose la prescription d’un bilan de déprescription au pharmacien, une démarche encore rarement mise en œuvre. GL3 ne peut être cotée que dans le cadre du remplissage d’un dossier APA, et pas encore via la plateforme ViaTrajectoire*. Résultat : ces contraintes manifestes freinent le déploiement effectif de ces nouvelles cotations.

(*) Allocation personnalisée d’autonomie – APA.
(**) ViaTrajectoire est un outil d’aide à l’orientation en structures sanitaires (SMR, HAD) ou en structures médico-sociales (EHPAD, EHPA).