| Après 2009, année noire, 2010 peut-elle être une année de construction ? |
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En 2009, la médecine libérale a été la cible d’attaques répétées sur tous les fronts. A tel point que les médecins libéraux ont vécu une véritable année noire, bien pire qu’aux heures déjà très sombres du plan Juppé. L’année 2010, qui s’ouvre, permettra-elle de construire pour offrir un horizon plus positif ?
Jamais, depuis les sombres années 1995 du plan Juppé, la médecine libérale n’avait été aussi malmenée et maltraitée par un gouvernement. Le mouvement de casse de la médecine libérale amorcé fin 2007 est devenu flagrant et insupportable. Sur le terrain, les médecins libéraux en ont pris conscience et le mouvement de mécontentement se généralise.
L’année 2009 aura été marquée par trois évènements jusqu’alors inédit :
La loi HPST ou l’étatisation en marche La CSMF a été la seule organisation à se mobiliser contre la loi « Hôpital, patients, santé, territoires ». L’inscription de ce projet de loi par le gouvernement dans une procédure d’urgence a interdit tout débat et toute concertation préalables avec les acteurs de terrain que sont les médecins libéraux. Les EGéOS n’ont été qu’une mascarade qui n’a débouché sur rien ! Pourtant, les médecins libéraux, et la CSMF étaient au départ favorables à une nouvelle réforme destinée à compléter celle de 2004, en particulier en abordant la modernisation de l’hôpital et la refonte du financement de l’assurance maladie. Mais pas une réforme qui ne résoudrait ni les problèmes de l’hôpital, ni ceux du système de soins. Pas une réforme qui détruirait ce qui fonctionne pour étatiser les soins de ville, rationner les soins dans un futur ORDAM, pour gérer la pénurie que laisserait l’absence de financements nouveaux face à l’émergence des besoins de santé croissant des français. Contrairement à ce qui s’est passé aux Etats-Unis, où le Président Obama a concerté sa réforme du système de santé pour parvenir à une synthèse avec les principaux syndicats et acteurs de la santé américaine, la ministre de la santé a cherché à diviser et est allé jusqu’à opposer les patients aux médecins. En échange de leur soutien, le gouvernement a promis pouvoir et reconnaissance à certains syndicats minoritaires. Au final, la réforme Bachelot porte en elle les conditions de son échec futur, car elle est aujourd’hui rejetée de toutes part : à l’hôpital, comme en ville où son principal supporter, le syndicat MG France vient brutalement, mais beaucoup trop tard, de prendre conscience du danger. Parmi les mesures imposées aux médecins libéraux, la CSMF retient :
Au final, cette loi n’a pas eu d’autres effets que de créer des contraintes supplémentaires aux médecins libéraux dans un système plus coercitif que jamais, sans contreparties ni moyens supplémentaires, dans le seul but d’encadrer les dépenses de santé à partir des régions. La concertation promise dans la rédaction des décrets est un leurre : la DHOS continue à imposer sa logique antilibérale avec une détermination implacable.
La première campagne de vaccination excluant la médecine de ville La dynamique d’étatisation du système de soins voulue par le gouvernement avec la loi HPST a vu sa première application dans le cadre de la lutte contre la pandémie grippale A/H1N1, avec l’organisation d’un plan de vaccination uniquement collectif, excluant les médecins généralistes et les pédiatres. Dans un premier temps la ministre de la santé n’a pas hésité à opposer des arguments les plus humiliants pour écarter les médecins libéraux de la vaccination : conditionnement en flacons multidoses, incapacité à respecter la chaîne du froid, sous-équipement des cabinets médicaux, contraintes logistiques, etc… Jusqu’à la question du « pognon » soulevée par la CFDT, pour ramener l’implication des médecins dans la vaccination à une seule question d’argent. L’offre de service des médecins a été ridiculisée par la ministre pour dissimuler une réalité beaucoup plus inquiétante : les retards dans la livraison des vaccins ne permettaient pas la vaccination massive de la population pourtant annoncée à grand renfort de communication. Pire, alors que la ministre avançait le fait que les généralistes pouvaient être débordés par l’augmentation du volume de consultations liées à la pandémie, pour les « préserver » d’un surcroit de travail avec la vaccination, ces derniers étaient purement et simplement réquisitionnés pour faire fonctionner les vaccinodromes. Cherchez l’erreur ! Enfin, pour que les salariés puissent avoir leurs congés de fin d’année, les médecins libéraux ont été privés des leurs, la ministre décrétant la PDS obligatoire pour les généralistes avec un doublement des gardes. Face à l’échec retentissant de la vaccination « à la soviétique » dans les vaccinodromes, à la pression de la CSMF, et à la demande insistante des Français, la ministre vient d’ouvrir, beaucoup trop tard, la vaccination aux généralistes et aux pédiatres. La mobilisation de la CSMF sur ce dossier a porté ses fruits. A l’avenir, la reconduction d’un tel schéma vaccinal sans les libéraux devrait être plus compliquée pour le gouvernement. Néanmoins, les modalités pratiques de l’extension de la vaccination aux généralistes posent encore des problèmes logistiques qui doivent être résolus, notamment celui de l’acheminement des vaccins vers les cabinets médicaux. Mais la CSMF critique et dénonce la rémunération proposée (6,60 € par vaccination) qui est une marque supplémentaire du mépris du gouvernement envers les médecins généralistes et les pédiatres. Cette rémunération est ridicule car elle ne prend pas en considération ni l’examen médical éventuel du patient, ni la mise à disposition de l’infrastructure des cabinets médicaux, ni le secrétariat et la compétence des médecins. Face à une organisation aussi mauvaise et inefficace dont l’erreur majeure a été la mise à l’écart des médecins libéraux, face au coût engendré par cette gestion collectiviste, la CSMF avait demandé une commission d’enquête afin que les enseignements puissent être tirés pour l’avenir. Mais la question est de savoir si les dégâts de toute cette mauvaise gestion, associée à une communication effrayante, ne sont pas tels qu’il est déjà trop tard pour permettre aux généralistes et pédiatres de convaincre leurs patients de l’intérêt de la vaccination. Un véritable climat de défiance s’est installé.
Le démantèlement du système conventionnel Depuis 2007, le gouvernement s’emploie à créer les conditions du démantèlement d’un système conventionnel qu’il juge trop avantageux et trop protecteur pour les médecins. C’est pourquoi il s’est employé méthodiquement au blocage et au contournement de la convention. La logique partenariale a été rompue : les discussions annuelles sur les objectifs de maîtrise ont tourné depuis deux ans à la pantalonnade. Les objectifs de maîtrise pour 2009 et 2010, n’ont pas été négociés mais imposés par Bercy dans le cadre du PLFSS. Les Loi de Financement de la Sécurité Sociale successives de 2008, 2009 et 2010 comportent des atteintes caractérisées au système conventionnel comme :
L’ingérence permanente du gouvernement dans les affaires conventionnelles a abouti à une situation de blocage depuis la fin de 2007. Le gouvernement a créé des obstacles par tous les moyens pour empêcher toute avancée tarifaire et pour fragiliser le système conventionnel. Il a empêché l’application des avenants déjà signés. Le passage du C à 23 € et l’application du C2, toujours bloqués, en sont des illustrations. Fin juin dernier, en s’opposant à la prorogation d’une convention dévoyée et asphyxié, la CSMF a voulu mettre un terme à cette situation de blocage et engager les discussions sans tarder pour aboutir à la mise en œuvre d’une nouvelle convention début 2010. Mais cette solution a dérangé les plans du gouvernement, dont l’objectif est d’empêcher toute avancée conventionnelle et tarifaire jusqu’en 2012, afin de jouer le « Père Noël » auprès des médecins à la veille des présidentielles. Sauf que les médecins libéraux ont appris à ne plus croire au Père Noël !!!!! La ministre de la santé qui a employé le deuxième semestre 2009 à combattre un renouveau conventionnel, a interdit aux négociations de déboucher pour imposer un règlement arbitral et des élections professionnelles, qui ne changeront rien, au final, dans la liste des organisations présentes autour de la table des négociations. De même le rejet, par la ministre de la santé de l’accord tripartite sur la création du secteur optionnel, qu’elle avait pourtant imposé et qui répondait strictement au cahier des charges du président de la république, recèle une intention d’encadrer le secteur 2, ce à quoi le texte actuel s’oppose. Le texte signé est jugé trop favorable au secteur 2 que le gouvernement a toujours en ligne de mire.
2010 sera-t-elle une année pour rien ? 2010 s’annonce à nouveau comme une année difficile face à un gouvernement où les priorités de Bercy dominent toutes les autres considérations. Mais après les élections professionnelles qui n’étaient pas une priorité et qui vont nous faire perdre beaucoup de temps, la CSMF va s’employer à faire de 2010 une année utile, notamment en construisant une nouvelle convention. La CMSF a déjà présenté en juillet ses propositions pour moderniser l’exercice médical et répondre aux aspirations profondes des médecins libéraux. La première de ces aspirations est le respect dû au corps médical !
Plus que jamais la CSMF veut faire entendre ses propositions et construire l’avenir de la médecine libérale dans le cadre conventionnel. C’est pourquoi, la CSMF ira à la rencontre des médecins libéraux sur le terrain avec les « Débats de la médecine libérale » qui seront autant d’occasion pour les médecins, généralistes et spécialistes, d’exprimer leur point de vue sur ce qu’ils attendent de la future convention. Enfin, la CSMF entend faire de 2010 l’année du respect des médecins libéraux qui ne supportent plus les humiliations répétées du gouvernement. Pour cela les élections aux futures URPS, la CSMF souhaite qu’elles soient l’occasion d’une mobilisation massive des médecins libéraux autour de la CSMF, seul syndicat engagé dans leur défense et force de proposition pour tous les médecins quelque soit leur spécificité. Pour la CSMF, premier syndicat médical français 2010 sera, une fois de plus, l’année de la mobilisation. |