La commission des comptes de la santé ou l’art de faire coller les chiffres à la vision de Madame la Ministre

Depuis hier, la ministre de la santé Marisol Touraine vante son bilan dans les médias et assure que « ce que les Français sortent de leur poche diminue » et se félicite d’avoir réduit « drastiquement » le déficit de la sécurité sociale, « tout en permettant aux Français d’être mieux soignés et de moins payer pour leur santé ». Pas sûr que les intéressés aient la même impression, depuis qu’ils sont moins bien remboursés par leur assurance complémentaire, devenue aussi plus chère, et qu’ils doivent payer « de leur poche » de plus en plus de médicaments non pris en charge.

La réunion de la Commission des comptes de la santé qui s’est tenue aujourd’hui vient appuyer les commentaires de la ministre mais la CSMF n’en tire pas les mêmes conclusions.

Certes le reste à charge pour les Français est l’un des plus bas des pays de l’OCDE, mais la réalité est bien plus disparate et l’équilibre des comptes sociaux prévu initialement en 2017 toujours reporté à un horizon indéfini.

En tête du classement, les dépenses du secteur hospitalier progressent cette année de 1,9% et représentent 46,7% des dépenses de soins médicaux (CSBM), quasiment le plus haut taux de l’OCDE. Elles continuent donc d’augmenter mais le rapport préfère dire qu’elles « progressent moins vite que les années précédentes ». Entre 2012 et 2015, les dépenses consacrées à l’hôpital ont augmenté de 9,3%, soit 2,3% chaque année. Dans le même temps, les soins de médecine de ville ont seulement augmenté de 6,6%, soit 1,65% par an ! Comme toujours, les pouvoirs publics ignorent les efforts de la médecine de ville et favorisent l’hôpital, alors que la CSMF réclame depuis plusieurs années au gouvernement de s’engager réellement pour le virage ambulatoire.

Le rapport continue sur sa lancée et loue la réforme des « contrats responsables », qui aurait contribué à faire diminuer les dépenses d’optique médicale, alors que l’effet inverse se fait nettement sentir sur le porte-monnaie de l’assuré qui voit ses lunettes moins bien remboursées.

Si la consommation de médicaments en ville diminue de 0,5% en 2015, le rapport se garde bien de préciser que c’est grâce à la maîtrise médicalisée développée en ville. Quant à la forte progression du volume de médicaments non remboursables (+6,3%), elle est due aux nombreux déremboursements qui impactent en première ligne… les patients ! Et que dire de l’audioprothèse toujours si peu remboursée ?

La CSMF regrette que ces chiffres pourtant utiles soient utilisés à des fins dogmatiques par la ministre et que les vrais enjeux pour la santé de demain en France soient toujours ignorés.

Dr Jean-Paul Ortiz - Président
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jp.ortiz@csmf.org

 

 

Lundi, 5 septembre, 2016