Dr Philippe Boutin, élu à l’URPS de la région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes

Tous les 5 ans, les médecins libéraux élisent leurs représentants aux Unions régionales de professions de santé (URPS). Même si le rôle de ces instances est essentiel, le travail de ces élus reste peu (ou mal) connu. Rencontre avec les membres de la CSMF qui siègent ou ont siégé dans ces instances.

Installé dans un cabinet de groupe et « encarté » à la CSMF depuis le 2 avril 1984, le Dr Philippe Boutin, médecin généraliste à Poitiers, a rapidement gravi les échelons : hissé à la tête de la CSMF 86 (Vienne) en 1986, il devient conseiller confédéral un an plus tard. En 1994, il rejoint l’URML (Union régionale de médecins libéraux) de Poitou-Charentes (devenue URPS avec la loi HPST de 2009).
Actuellement vice-Président de l'URPS de la région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes et Président de la CN-URPS, le Dr Philippe Boutin, farouche partisan d’un syndicat national fort, est aussi membre du bureau de la CSMF depuis 2005. Pour ce professionnel de santé engagé, la dimension régionale et celle nationale restent deux approches complémentaires et indissociables pour comprendre au mieux les besoins de santé et y répondre, saisir les enjeux de la profession et en assurer la défense.

Pourquoi avoir choisi de vous investir au niveau régional ?

En raison de la proximité avec le terrain. La régionalisation de la santé est un atout formidable pour certains dossiers, comme pour les questions de démographie médicale, ou encore d’organisation de la PDSA (Permanence des soins ambulatoires) et de la PDSES (Permanence des soins en établissement de santé). En revanche, la Convention médicale doit relever du national. Dans tous les cas, il faut récupérer le meilleur des deux : sur le plan régional, nous sommes au plus près du terrain et, par conséquent, de l’organisation territoriale. Mais la défense des intérêts de la profession doit être du ressort du national. Et l’un ne va pas sans l’autre.
« Sur le plan régional, nous sommes au plus près du terrain et, par conséquent, de l’organisation territoriale. Mais la défense des intérêts de la profession doit être du ressort du national. Et l’un ne va pas sans l’autre. »

Au cours de vos différentes mandatures au sein de l’URPS (anciennement URML) de Poitou-Charentes, de quelles réalisations tirez-vous la plus grande fierté ?

Il y a deux projets dont je suis particulièrement fier : l’association Asalée (Action de santé libérale en équipe) lancée en 2002 qui permet de déléguer aux infirmières les consultations d’éducation à la santé, et l’I.S.P.L (Institut Statistique des Professionnels de santé Libéraux) qui vise à doter les URPS d’un système mutualisé de gestion et d’analyse des données de santé, principalement issues des feuilles de soins.
Le projet Asalée marque le début de l’entreprise médicale libérale telle que nous la connaissons aujourd’hui, à savoir une organisation du cabinet qui inclut d’autres professionnels de santé. A l’époque, cette approche était révolutionnaire, même si elle est passée dans les mœurs depuis. Quant à l’I.S.P.L, c’est un outil fabuleux pour modéliser une convention, voir comment vont évoluer chaque spécialité et permettre aux médecins libéraux de garder la main sur les chiffres.
Ces deux réalisations d’une ampleur certaine ont, à mon avis, changé notre approche des négociations conventionnelles et de la démographie médicale.

Avez-vous des regrets ?

Parvenir à évaluer de manière « objective » les besoins de soins sur le territoire me paraît essentiel, ne serait-ce que pour déterminer un numerus clausus pertinent. A cet effet, nous avons travaillé avec Yann Bourgueil et d’autres sur le sujet, mais sans succès. Tout évolue tellement vite qu’il est très difficile d’avoir une visibilité, même à court terme, sur les besoins en matière de soins. Mais je n’ai pas dit mon dernier mot, nous y arriverons peut-être un jour.

Avec le nouveau découpage régional et la création des GHT (Groupements Hospitaliers de Territoire) au 1er juillet prochain, le mode de fonctionnement et le champ d’action des URPS risquent d’être sérieusement bousculés. Comment appréhendez-vous ces changements ?

La région Poitou-Charentes est un territoire relativement modeste, tant sur le plan de la superficie que de la démographie médicale. Cela nous permettait, avant la réforme territoriale, d’être extrêmement réactifs, car nous étions peu nombreux. Mais les réformes de ces dernières années (la loi HPST de Roselyne Bachelot, la loi de santé de Marisol Touraine et la nouvelle carte des régions) changent la donne.
Avec la nouvelle région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, le territoire s’agrandit nettement et les rouages se complexifient. Autre difficulté et non des moindres : la montée en puissance des GHT par rapport aux ARS. Si nous respectons au pied de la lettre la loi et si les GHT sont amenées à avoir un poids considérable comme nous pouvons le supposer, nous allons forcément être en décalage avec la réalité de terrain. Dans cette nouvelle configuration, les différents acteurs doivent avoir une vraie vision de l’avenir. Et cela suppose, comme toujours, de le faire dans un esprit de cohésion, grâce à une articulation forte avec le national.

A l’avenir, quels projets comptez-vous mettre en œuvre ?

Avec cette nouvelle configuration, il faut laisser le temps aux acteurs concernés de reprendre leurs marques. Nous avons, bien sûr, d’autres projets en gestation, notamment un projet de soins aux soignants. Tout est parti d’une idée simple : nous ne pouvons pas travailler sur la démographie médicale si nous ne sommes pas capables de maintenir en bonne santé les médecins et autres soignants. Par quels moyens ? En dépistant les états dépressifs et/ou addictifs, et en accompagnant les soignants en souffrance. Vous savez, quand vous avez un départ en zone rurale, cela peut complètement désorganiser le système de soins. D’autres pistes pour l’avenir ? Le virage ambulatoire que nous devons travailler dans une logique interprofessionnelle, la formalisation des stages en médecine spécialisée, etc. Il y a encore beaucoup à faire mais l’avenir en régions reste bien évidemment le travail sur la démographie médicale. On est aujourd’hui outillé pour, reste encore à œuvrer dans ce sens.
Affaire à suivre donc…

Mardi, 21 juin, 2016