"Deuxième avis" : la CSMF refuse que la santé devienne un produit marchand

Décidemment, rien n’est épargné aux médecins et aux patients ces derniers temps. Après l’ouverture d’une téléconsultation 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 lancée par Axa en mai dernier, une plateforme qui propose un "deuxième avis" en ligne pour 295 euros vient d’apparaître sur la toile.

Ce site, validé par la CNIL, dont l’hébergeur est agréé par le ministère de la santé, propose "un deuxième avis en ligne sous un délai compris entre 48 h et 7 jours sur plus de 150 maladies". Cautionné par un soi-disant "conseil scientifique" où figurent des personnalités éminentes du domaine de la santé, la plateforme aurait même conclu un "contrat avec l’Agence régionale de santé compétente" ! 

A l’heure où l’on parle d’égalité d’accès aux soins pour tous – n’est-ce pas le  prétexte à la mise en place du tiers payant généralisé ? –, proposer sur internet un pseudo deuxième avis pour près de 300 euros est scandaleux. Et les mutuelles et autres assureurs complémentaires santé vont se précipiter pour financer le service.

Au-delà des questions de déontologie et de conflits d’intérêts, plusieurs problèmes se posent.

Qui assurera le suivi et les interrogations complémentaires du patient si ce n'est le médecin traitant court-circuité ? Quid de la consultation d’expertise du médecin spécialiste shunté par l'expert sur internet ? Quid du parcours de soins et de la coordination ? 

La télémédecine suppose une relation préétablie entre le patient et le médecin, elle est un complément de la prise en charge à distance mais doit rester très encadrée. Sans connaître le patient, sans son dossier médical, sans l’antériorité des prescriptions déjà réalisées, comment garantir la qualité de la consultation et de la prescription ?

De même, comment le patient peut-il être sûr de la sécurité et de la confidentialité des données qu’il transmet ?

La question de l’indépendance professionnelle reste aussi entière. Comment donner des avis médicaux indépendants lorsqu’on dépend d’une société commerciale ?

La CSMF est scandalisée par la mise en place de tels services, soutenus qui plus est par les plus hautes instances de l’Etat, alors que celui-ci prétend défendre l’accès aux soins pour tous. Soucieuse des conditions d’exercice des praticiens et de la relation médecin-patient, la CSMF s’alarme et rappelle avec force que l’indépendance du médecin et le secret des données médicales sont des principes fondateurs et inviolables du métier médical. 

La CSMF refuse que la santé devienne un produit marchand, que le médecin devienne un prestataire de services parmi tant d’autres dans un système de santé consumériste. La CSMF défendra toujours une médecine libérale et sociale, pour le bien des médecins et des patients.

Dr Jean-Paul Ortiz - Président
06 07 86 08 83
jp.ortiz@csmf.org

Mardi, 15 décembre, 2015